Soutenance de HDR en sociologie d'Anne Bory
Soutenance de HDRLe monde social comme monde du travail : une sociologie des alentours du travail salarié
Le premier volume (109 p.) revient sur l’itinéraire de recherche qui s’est déployé « aux alentours du travail salarié », principalement en France et aux Etats-Unis, avec des séjours de recherche en Espagne et en Argentine. Les enquêtes successives, individuelles et collectives, ont porté sur le mécénat d’entreprise et l’implication des salarié.es en son sein (doctorat), sur les grèves de travailleur∙ses sans papiers (Asplan), la fermeture d’une usine de connectique automobile et ses conséquences (Collectif du 9 août), le quotidien des classes populaires aux marges du marché du travail (Collectif Rosa Bonheur), les citoyennetés industrielles (ANR Citindus) et les professionnel∙les de la vertu du capitalisme (ANR Provircap). Le mémoire aborde les pratiques pédagogiques qui se sont arrimées à cet itinéraire de recherche, et revient également sur les engagements pris dans plusieurs instances collectives et professionnelles, locales et nationales.
Le second volume (421 p.), intitulé « Investir dans le ‘Bien’ : Le travail philanthropique au service de la reproduction sociale », est une enquête originale. La philanthropie y est analysée comme un travail contribuant à la reproduction des inégalités sociales et des rapports de domination, tout en interrogeant la manière dont les donateur∙ices perçoivent subjectivement leur engagement. L’analyse s’appuie sur la constitution et le traitement de deux bases de données quantitatives, 90 entretiens semi-directifs et de l’observation de rencontres organisées par des collectifs de « philanthropes ».
Le capital philanthropique, défini comme une portion du capital économique mobilisée pour financer des causes d’intérêt général, s’inscrit dans des logiques de valorisation et de reproduction particulières du capital économique (chapitre 1). L’approche retenue révèle une philanthropie hétérogène et polarisée en France, où certains types de fortunes sont sous-représentés tandis que d’autres, liés à la finance, l’industrie ou la distribution, inscrivent cette pratique au cœur de la reproduction des capitaux. Le chapitre 2 explore comment, pour celles-ci, la philanthropie contribue à perpétuer les ressources économiques, éducatives et symboliques dans les familles concernées. Le chapitre 3 examine la façon dont la philanthropie est encadrée et encouragée par des cadres fiscaux et législatifs nombreux et très avantageux. Le chapitre 4 met en lumière la façon dont les donateur∙ices se saisissent de ces cadres, (tout) contre l’Etat, de façon systématique mais largement euphémisée. Le chapitre 5 analyse les relations philanthropiques qui s’établissent entre donateur∙ices et associations, dont les dimensions à la fois entrepreneuriales et affectives érigent les donateur∙ices en philanthropes. Le travail philanthropique fait l’objet d’une division extra et intrafamiliale qui revient à déléguer une partie du « sale boulot » philanthropique à des professionnel.les socialement ajustés à ce service du capital, et à maintenir un ordre du genre qui ménage une place de premier plan à certaines femmes dans un espace à distance du pouvoir économique (chapitre 6). Enfin, le travail philanthropique est aussi un travail collectif, qui repose sur des sociabilités intenses qui renforcent les frontières des classes supérieures (chapitre 7). Capital philanthropique et travail associatif apparaissent alors comme les deux faces d’un rapport d’exploitation du second par le premier, permettant in fine la reproduction sociale des classes supérieures et le maintien de leur valeur symbolique.
Le troisième volume est un recueil thématisé des travaux déjà publiés (849 p.).
Le jury sera composé de :
- Valérie Boussard, Professeure des universités, Université Paris Nanterre
- Ève Chiapello, Directrice d’études, EHESS (rapporteure)
- Nicolas Duvoux, Professeur des universités, Université Paris VIII (rapporteur)
- Manuel Schotté, Professeur des universités, Université de Lille
- Maud Simonet, Directrice de recherches, CNRS (garante)
- Alexis Spire, Directeur de recherches, CNRS (rapporteur)